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12 février 2006

Enceinte

Enceinte

Un mot pour vous dire mon désarroi. Mon écoeurement. J' ai 25 ans.
Dans dix jours tout au plus, je donnerai la vie à mon premier enfant.
Combien de fois cet événement marquera-t-il ma vie ? Trois fois, tout au plus ?

Je suis journaliste-pigiste, une de ces « intellos précaires » qu¹ont
identifiés Anne et Marine Rambach dans leur livre éponyme.

Confiante dans mes droits, fière de mes sept années de cotisations sociales
ininterrompues ­ j¹ai commencé le journalisme à 18 ans, j¹ai longtemps été
salariée -, j¹ai déposé un dossier à la CPAM afin de déterminer mon droit aux
indemnités journalières dans le cadre de mon congé maternité.
Réponse de la CPAM : je n¹ai droit à rien. Je n¹ai pas gagné assez d¹argent
au cours de l¹année précédant ma grossesse. La presse est un milieu difficile
et peu rémunérateur pour ceux qui s¹y engagent en francs-tireurs.
Peu importe que j¹aie cotisé depuis sept ans, largement versé cette somme
qu¹on me refuse aujourd¹hui, peu importe que chaque mois, depuis sept
longues années, une ligne de ma feuille de paie s¹intitule « Maladie,
maternité, décès, veuvage ». Je n¹ai droit à rien. C¹est tout. Je n¹avais
qu¹à pas faire d¹enfant. Tant pis pour moi.
À quoi en suis-je donc réduite, aujourd¹hui ? Sitôt accouchée, pas tout à
fait remise, je devrai repartir au travail, mon nourrisson sous le bras ?
Interviewer des gens, entre deux tétées, assise sur une bouée pour cause
d¹épisiotomie douloureuse ?? Inutile de préciser que je n¹ai pas de place
en crèche (je ne gagne pas suffisamment d¹argent : je suis donc soupçonnée
de ne pas « réellement » travailler et puis de toute façon je travaille de
chez moi, alors!) et pas assez de fonds pour me payer une nounou!
Pas assez riche pour recevoir de l¹aide! Quelle absurdité ! Je ne suis pas
un « parent isolé », je ne suis pas au RMI, je ne suis pas au chômage. Je
travaille dur et j¹essaie de m¹en sortir. C¹est long, ce n¹est pas facile.
Et je n¹ai droit à rien.

Qui a pensé à ma situation réelle au moment d¹appliquer la loi ? Qui s¹est
demandé si mon compagnon pourrait assumer financièrement ? Qui s¹est demandé
s¹il n¹était pas aussi précaire que moi ?
Quel est ce pays où l¹on se gargarise d¹une natalité féconde mais où l¹on
laisse sans ressources les jeunes femmes qui participent à ce bel effort !

J¹aimerais vous voir, messieurs les législateurs, au travail à peine accouchés.

Posté par éléonore, 28 décembre 2005 à 17:49

Posté par freetop à 18:42 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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